L'Enfer, c'est les Autres, You is kind, you is smart, you is important

Ca ne sert à rien d’être gentil

       De mon premier voyage au Cameroun en CE1, je n’ai que peu de souvenirs. La chaleur étouffante de Douala en décembre. La maison de mes grand-parents maternels, avec le cochon auquel je m’étais suffisamment attachée pour que sa suspecte disparition quelques jours plus tard m’interpelle. Le goût du Tartina, tellement bon mais aussi tellement toxique qu’à l’époque, ils ne prenaient même pas la peine d’écrire les ingrédients au dos de la boite. Mais paradoxalement, mon souvenir le plus marquant n’a rien à voir de ce voyage. Mon souvenir le plus marquant du Cameroun, ce n’est pas le voyage (qui m’a pourtant plu, d’après ce que j’ai pu lire de mon journal de bord tenu un jour à l’époque avant que je n’abandonne). C’est que, pour la première fois de ma vie, on m’a forcée à être gentille contre mon gré. Parce que c’était la bonne chose à faire. En faisant mes valises pour le départ, nous devions choisir chacune, ma sœur et moi, un livre. Elle a pris Harry Potter et la Coupe de Feu (que je n’appréciais pas encore à sa juste valeur, ingrate que j’étais), et moi, mon livre préféré de l’époque, l’imagerie des loisirs. Sauf que, une fois au village, une cousine que je n’avais jamais vue auparavant (et que je n’ai jamais revue depuis, quoique je ne me souvienne même pas de son nom) a flashé sur MON livre, et mes parents m’ont forcée à lui offrir. J’ai tellement pleuré après avoir fait ce « cadeau » qu’à notre retour en France, ils l’ont racheté. Ca paraissait pourtant évident à l’époque, mais il m’a fallu 15ans pour me rendre compte : je ne suis pas gentille.

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You is kind, you is smart, you is important

Mon Jiminy Cricket à moi, je ferais bien de ne pas l’écouter

monster

       Je me suis souvent demandée, après avoir lu Harry Potter et le Prisonnier d’Askaban, à quoi ressemblerait mon Epouvantard, ce monstre qui prend la forme de la plus grande peur de la personne assez malheureuse pour le trouver dans son placard. Ce ne serait pas une araignée. Ni une guêpe (pourtant, hier matin encore, je hurlais en me faisant poursuivre par une de ces guêpes berlinoises, qui ne sont décidément pas farouches). Ni même un pigeon, alors que toute personne qui a traversé Beaubourg avec moi m’a vue me recroqueviller sur moi-même à la vue de cette impressionnant amas de rats volant. Non. Ma plus grande peur, elle réside en moi-même. Comme les héros de la série Big Mouth, j’ai un monstre invisible pour les autres qui me suit partout, et qui a un impact sur tout ce que je fais, seule ou avec les autres. Mais, lui, il n’a rien n’à voir avec un déchaînement d’hormones. Il est arrivé avec ma puberté, c’est vrai. Mais avec la dépression, aussi. D’ailleurs, ce n’est pas un « Il », mais une « Elle ». Une Voix, sans corps, qui est bien réelle, bien qu’invisible. Une petite Voix, qui sait toujours quoi dire pour me dévaloriser, me sous-estimer, me donner des raisons de me détester. Et oui. Ma plus grande peur, c’est de me retrouver face à une matérialisation de mes complexes.

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You gotta look at yourself and make a change, You is kind, you is smart, you is important

Vous voulez dire que tous les noirs ne savent pas danser ?!

       coach, dance, dancing

       Lundi. 17h05. Station de métro berlinois. En jogging moulant à rayures orange fluo (parce que la discrétion, ça n’est pas pour moi), j’attends le U-Bahn qui me mènera jusqu’à mes cours débutants de modern-jazz et de danse afro-contemporaine. J’y serai la seule noire. Parce qu’après tout, comme me disait une consoeur française peut-être maladroite mais quand-même bien raciste il y a deux semaines quand j’ai évoqué ces cours, « Bouger ton cul, t’as ça dans le sang, pas vrai ? Les noirs savent vraiment tous faire ça ! » Et la réalité a semblé lui donner raison, parce que la seule autre femme noire du cours d’afro est partie au bout d’un cours, car c’était évident… Elle n’avait rien à apprendre là-bas. Ça devrait également être mon cas, n’est-ce pas ?
Si seulement. J’aime la musique qui fait PomPomPom, pourtant. Celle qui donne envie de bouger ses fesses en rythme (et ce, même quand ça implique des propos sexistes. Parfois, je veux juste faire reposer mon militantisme pour chanter du Chris Brown). La danse est un art sublime… et un excellent moyen de séduction. Qui peut résister à un danseur ou une danseuse ? Mais quand c’est moi qui doit bouger, c’est bien plus compliqué ! Car malheureusement… Je suis une noire qui ne sait pas danser.

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Liebesfähig, aber leider nicht beziehungsfähig

Silhouette Photo of Man Leaning on Heart Leaf Shape Tree during Dawn

       J’ai toujours aimé lire des histoires d’amour. Un de mes livres préférés, en primaire, s’appelait Lettres d’amour de 0 à 10, et racontait l’histoire d’amour/amitié entre Ernest, un jeune garçon orphelin, solitaire et taciturne, et Victoire, une petite boule d’énergie issue d’une famille de 14 enfants qui va chambouler son quotidien morose. Mon premier livre en allemand, lu en primaire également, s’appelait Verliebt, verlobt, verflixt, et racontait l’histoire d’amour entre une maîtresse d’école et son fiancé, qui prenait tellement de place pendant le cours en l’appelant pour dire qu’il l’aimait, que les élèves se sont sentis directement impliqués dans leur relation. D’ailleurs, les deux ouvrages sont de la même autrice, Susie Morgenstern ! Je sais désormais qui blâmer.
Résultat ? En CE2, je rêvais déjà d’amour, et d’un garçon doux, timide et intelligent, dont je pourrais chambouler le quotidien. (Étrangement, je ne rêvais pas d’un jeune homme à harceler par téléphone sur son lieu de travail. Comme quoi, tout n’est pas perdu, je sais un minimum me détacher de mes lectures…)

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Entre Peter Pan et le Capitaine Crochet, je refuse de choisir

England, London, Hyde Park, Statue of Peter Pan : Photo

       J’ai toujours adoré les enfants. Pour des raisons évidentes. Ils sont mignons, ont la peau toute douce, des grosses joues qu’on ne peut que couvrir de bisous… Et quand ils s’accrochent à moi avec leurs petites mains, mon cœur s’emplit de joie. (Sauf quand ils ont plus de 10 ans et font déjà presque ma taille. Mon dos !)
Je n’aime pas tous les enfants du monde, évidemment. Ceux de ma famille (et mes louveteaux, bien qu’à moindre mesure évidemment) prennent déjà bien trop de place. J’ai toujours chéri les relations que j’ai pu nouer avec eux. Ce sont des relations si pures, si simples, si honnêtes ! Etre à leurs côtés me fait tellement de bien. Indépendamment de mes plus grosses périodes de déprime cette année, mes obligations scoutes m’ont contrainte à consacrer toute mon énergie à une quinzaine de petits monstres dans une forêt de Normandie, et ce pendant un week-end minimum chaque mois. Même quand j’avais passé la nuit précédente à dormir 3 heures à cause de cauchemars et de crises de panique. Résultat, je rentrais de chaque sortie épuisée physiquement, mais ressourcée mentalement. Si seulement on m’avait dit plus tôt que soigner un panaris et servir des raviolis en boite chauffés au feu de bois était l’un des meilleurs traitement contre la dépression ! J’en aurais gagné, du temps. Lire la suite « Entre Peter Pan et le Capitaine Crochet, je refuse de choisir »

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Pourquoi apprendre l’allemand ? Pour se valoriser.

       silver and gold coin

       La langue de Goethe est mon premier amour. Non pas que ça m’amuse d’apprendre les déclinaisons, les verbes irréguliers, ou de parler une langue où la petite fille est genrée au neutre. Mais parce que déjà, j’aime l’Allemagne et les Allemands, et il faut bien parler leur langue pour communiquer avec eux et lire leurs livres (Cornelia Funke dans mon <3). Ensuite, parce que j’ai un rapport très spécial avec l’Allemagne : j’ai commencé l’allemand avant mes 6 ans, et chaque année passée sans aller outre-Rhin est pour moi une année perdue  : en 22 ans, ça a dû arriver moins de 5 fois, et je retourne avec joie y vivre un semestre à la rentrée. Mais surtout, parce que l’allemand sait trouver les mots pour me toucher.

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