L'Enfer, c'est les Autres

Pour que le bounty ne perde plus sa saveur


Coconut Fruit Sliced Into Two

« Je viens du Nigéria. Et toi, tu viens d’où ?
– De Paris.
– Non mais. Tes racines. Tout le monde en a, non ?
– Aah ! Oui, au Cameroun.
– Cameroun ! Je connais Yaoundé. Tu parles Pidgin ? Ou un dialecte ?
– Non. Je ne parle que français.
– Tu n’es vraiment pas Camerounaise alors ! »

Pour la première fois depuis que je suis arrivée à Berlin, mais clairement pas la première de ma vie, la Police de l’Africanité vient me juger. Ca m’arrive souvent : je rencontre de nouvelles personnes, et alors que je commence à discuter, elles attendent certaines choses de moi : que je ne sois pas née en France, que je parle certaines langues, que j’aie un comportement particulier. Et à chaque fois, la sentence sans appel : malgré ma peau noire, malgré mes cheveux crépus, je « ne suis pas une vraie noire ». Quand je ne me fais pas traiter de blanche. Parce que je suis née dans le Nord de la France. Parce que je ne parle que des langues européennes. Parce que j’ai un comportement bien trop féministe aux yeux d’un beauf de la ligne 9.
Cette Police n’est pas constituée uniquement d’hommes noirs, d’ailleurs. Ni même de noirs en général. Les blancs n’ont pas été et ne sont pas en reste. Quand on me sort « Vas-y, danse, c’est ta musique ! » à chaque passage de Magic System en soirée avec quota diversité (comprendre, lorsque j’étais la seule non blanche à 10km à la ronde). Alors que. Franchement. A part 1er Gaou ? Tout est à jeter. Quand on s’approche pour zouker avec moi alors que je ne songe qu’à fuir discrètement. Ou alors, lorsque certains réagissent bizarrement quand j’annonce que le pays où je vais tous les ans pour voir de la famille et des amis et dont je parle la langue est l’Allemagne. Et, parfois, le mot, que dis-je, le reproche à peine voilé s’échappe : « De toute façon, toi, t’es une Bounty ! »

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Vous voulez dire que tous les noirs ne savent pas danser ?!

       coach, dance, dancing

       Lundi. 17h05. Station de métro berlinois. En jogging moulant à rayures orange fluo (parce que la discrétion, ça n’est pas pour moi), j’attends le U-Bahn qui me mènera jusqu’à mes cours débutants de modern-jazz et de danse afro-contemporaine. J’y serai la seule noire. Parce qu’après tout, comme me disait une consoeur française peut-être maladroite mais quand-même bien raciste il y a deux semaines quand j’ai évoqué ces cours, « Bouger ton cul, t’as ça dans le sang, pas vrai ? Les noirs savent vraiment tous faire ça ! » Et la réalité a semblé lui donner raison, parce que la seule autre femme noire du cours d’afro est partie au bout d’un cours, car c’était évident… Elle n’avait rien à apprendre là-bas. Ça devrait également être mon cas, n’est-ce pas ?
Si seulement. J’aime la musique qui fait PomPomPom, pourtant. Celle qui donne envie de bouger ses fesses en rythme (et ce, même quand ça implique des propos sexistes. Parfois, je veux juste faire reposer mon militantisme pour chanter du Chris Brown). La danse est un art sublime… et un excellent moyen de séduction. Qui peut résister à un danseur ou une danseuse ? Mais quand c’est moi qui doit bouger, c’est bien plus compliqué ! Car malheureusement… Je suis une noire qui ne sait pas danser.

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Liebesfähig, aber leider nicht beziehungsfähig

Silhouette Photo of Man Leaning on Heart Leaf Shape Tree during Dawn

       J’ai toujours aimé lire des histoires d’amour. Un de mes livres préférés, en primaire, s’appelait Lettres d’amour de 0 à 10, et racontait l’histoire d’amour/amitié entre Ernest, un jeune garçon orphelin, solitaire et taciturne, et Victoire, une petite boule d’énergie issue d’une famille de 14 enfants qui va chambouler son quotidien morose. Mon premier livre en allemand, lu en primaire également, s’appelait Verliebt, verlobt, verflixt, et racontait l’histoire d’amour entre une maîtresse d’école et son fiancé, qui prenait tellement de place pendant le cours en l’appelant pour dire qu’il l’aimait, que les élèves se sont sentis directement impliqués dans leur relation. D’ailleurs, les deux ouvrages sont de la même autrice, Susie Morgenstern ! Je sais désormais qui blâmer.
Résultat ? En CE2, je rêvais déjà d’amour, et d’un garçon doux, timide et intelligent, dont je pourrais chambouler le quotidien. (Étrangement, je ne rêvais pas d’un jeune homme à harceler par téléphone sur son lieu de travail. Comme quoi, tout n’est pas perdu, je sais un minimum me détacher de mes lectures…)

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L'Enfer, c'est les Autres

Je ne dis mot, et pourtant, je ne consens pas

cup of ea

       Il y a quelques mois, j’ai eu la chance de pouvoir inviter dans mon école la rédactrice en chef de Madmoizelle, Clémence Bodoc, pour un débat sur le consentement. Elle avait commencé par une parabole : celle du salon de thé.
Dans un salon de thé, la personne qui nous sert ne va pas essayer de deviner ce que l’on veut consommer. Elle va nous demander ce que l’on veut, et nous laisser choisir sur une carte avec différents produits. On peut prendre un thé, comme attendu. Mais dans un salon de thé, on peut aussi prendre un café. Ou même une pâtisserie. Et, j’ajouterais que la carte elle-même peut évoluer selon la saison, pour se réinventer… Ou tout simplement en fonction des goûts du client. Mais en séduction ? Ça n’est pas le cas. On s’attend ce que tu commandes du thé, on va parfois te le servir, et dans les cas les plus graves, te forcer à le boire. Mais cette vidéo en parle mieux que moi. C’est cette fameuse « zone grise » : lorsque le consentement n’est pas clair, implicite, ou parfois tout simplement imaginé. Mais laissons de côté la culture du viol pour aujourd’hui. Si la parabole de Clémence m’a autant affectée, c’est parce que chez moi elle dépasse le cadre de la séduction. Il y a bien un produit que l’on m’apporte sans me demander mon avis. Et ce, depuis longtemps. Au point de m’en dégoûter la plupart du temps. Ce produit, c’est le contact physique.

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Entre Peter Pan et le Capitaine Crochet, je refuse de choisir

England, London, Hyde Park, Statue of Peter Pan : Photo

       J’ai toujours adoré les enfants. Pour des raisons évidentes. Ils sont mignons, ont la peau toute douce, des grosses joues qu’on ne peut que couvrir de bisous… Et quand ils s’accrochent à moi avec leurs petites mains, mon cœur s’emplit de joie. (Sauf quand ils ont plus de 10 ans et font déjà presque ma taille. Mon dos !)
Je n’aime pas tous les enfants du monde, évidemment. Ceux de ma famille (et mes louveteaux, bien qu’à moindre mesure évidemment) prennent déjà bien trop de place. J’ai toujours chéri les relations que j’ai pu nouer avec eux. Ce sont des relations si pures, si simples, si honnêtes ! Etre à leurs côtés me fait tellement de bien. Indépendamment de mes plus grosses périodes de déprime cette année, mes obligations scoutes m’ont contrainte à consacrer toute mon énergie à une quinzaine de petits monstres dans une forêt de Normandie, et ce pendant un week-end minimum chaque mois. Même quand j’avais passé la nuit précédente à dormir 3 heures à cause de cauchemars et de crises de panique. Résultat, je rentrais de chaque sortie épuisée physiquement, mais ressourcée mentalement. Si seulement on m’avait dit plus tôt que soigner un panaris et servir des raviolis en boite chauffés au feu de bois était l’un des meilleurs traitement contre la dépression ! J’en aurais gagné, du temps. Lire la suite « Entre Peter Pan et le Capitaine Crochet, je refuse de choisir »

Failure isn't fucking up, it's giving up, You gotta look at yourself and make a change

Changer de cap, et se laisser porter par la vague

White and Black Sail Boat on Ocean

       Un jour, un ami à moi m’a demandé ma raison de vivre. Au moment de lui répondre, je me suis rendue compte que dans les faits… je n’en avais pas toujours. Parfois, c’est la peur de la mort qui me fait avancer. Ou alors, la peur de blesser mes proches. Mais ma réponse de l’époque fut tout autre. La principale raison, c’était qu’en fait… Eh bien, la vie, ça n’était pas si mal ! Comme je fonctionnais telle un cycle économique, mes phases de dépression finissaient toujours par être suivies de phases d’expansion. Au moment où j’ai répondu à la question de mon ami, j’enchaînais continuellement ces deux phases. Pourtant, lorsque j’allais mal, il était difficile de me dire que si je tenais une, deux, trois ou quatre semaines de plus, ça irait mieux… A l’inverse, quand j’allais mieux, je niais l’existence même des périodes creuses.
Mais, depuis bientôt deux mois, j’ai tout simplement décidé de changer de cap. J’ai arrêté de raisonner en termes de phases positives et négatives. De gains et de pertes. Plutôt que de me voir comme une personne différente à chaque fois, j’ai décidé d’accepter ma dualité, de me laisser porter, et de me servir de mes bons comme de mes mauvais moments pour avancer. Et j’ai découvert avec joie que ça m’allait tellement mieux !

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L'Enfer, c'est les Autres

La norme, première barrière à l’amitié femmes-hommes

enfants AFH

       Il est pour moi inconcevable de ne pas avoir d’amis garçons. Mon premier souvenir, en maternelle, est d’avoir été entourée d’un groupe d’amis avec qui je pouvais jouer dans la cour. Quand il fallait rire, courir, je le pouvais. Mais, quand je me faisais mal, ils étaient aussi là pour me consoler, et non pas me traiter de « mauviette ». Sans compter que dans le lot, j’avais deux amoureux (pas en même temps, mais grâce à cette praticité enfantine qui me fascine encore aujourd’hui, j’arrivais à alterner avec une autre amie pour que personne ne soit désœuvré). Je jouais à la guerre, j’étais considérée comme un ovni par un certain nombre de filles, mais, pour eux, j’étais simplement… leur amie. Pas du même genre qu’eux, certes, mais, puisque je savais mimer un fusil, qu’importe qui j’étais ? Encore aujourd’hui, c’est comme ça que je considère une amitié idéale : pure, simple, au-delà des stéréotypes de genre, où chacun et chacune se contente d’être la personne qu’elle désire être. Alors, pourquoi est-ce si difficile à l’âge adulte ?

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Pourquoi apprendre l’allemand ? Pour se valoriser.

       silver and gold coin

       La langue de Goethe est mon premier amour. Non pas que ça m’amuse d’apprendre les déclinaisons, les verbes irréguliers, ou de parler une langue où la petite fille est genrée au neutre. Mais parce que déjà, j’aime l’Allemagne et les Allemands, et il faut bien parler leur langue pour communiquer avec eux et lire leurs livres (Cornelia Funke dans mon <3). Ensuite, parce que j’ai un rapport très spécial avec l’Allemagne : j’ai commencé l’allemand avant mes 6 ans, et chaque année passée sans aller outre-Rhin est pour moi une année perdue  : en 22 ans, ça a dû arriver moins de 5 fois, et je retourne avec joie y vivre un semestre à la rentrée. Mais surtout, parce que l’allemand sait trouver les mots pour me toucher.

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L’amour dure 3 ans

Time sablier

       Trois ans. Trois ans que j’ai écrit mon premier article sur ce blog. J’aimerais pouvoir fièrement fêter ce 3e anniversaire, mais malheureusement, étant fidèle à moi-même, je n’ai pas tenu plus de 4 mois avant de disparaître dans les méandres d’internet.
Trois ans, c’est très long. Entre-temps, j’ai énormément changé. J’ai terminé mon année de cube (j’aurais aimé pouvoir dire sereinement, mais disons que j’ai survécu, en réussissant mes concours, c’est l’essentiel non ?), intégré une école, et j’ai raté ma première année, une fois, puis deux. Mais, j’ai aussi grandi, et, j’oserais-je même dire, mûri. Sans compter que certaines choses ne varient jamais : je suis toujours un monstre de procrastination, et en termes de bazar, je dirais que c’est même pire !

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Gros passage à vide

Depuis le mardi de la première semaine des vacances de la Toussaint, rien ne va plus : je travaille très peu, je déprime et mange beaucoup, j’ai arrêté le sport…

Alors que les vacances de la Toussaint sont censées être l’occasion de rattraper son retard, voire de prendre de l’avance, et de se reposer, je n’ai rien fait de tout ça… (Au moins, j’ai vu des amies)

Au contraire, je me suis enfoncée dans le merveilleux monde des mangas (après tout, pourquoi faire prépa alors que je pourrais rejoindre l’équipage de Monkey D. Luffy et partir à l’aventure ?), j’ai totalement sombré dans mes travers alimentaires, je n’ai plus couru ni fait de POP Pilates ou presque…

Résultat, je me suis transformée en larve paresseuse, incapable de travailler plus de deux heures, avec une chambre dans un bordel sans nom, qui s’essouffle en prenant les escaliers, et qui préfère s’isoler pour se morfondre… Et n’osant pas se remette sur les rails parce que c’est bien connu, la reprise, c’est  bien trop difficile !

Alors, ai-je retrouvé mes travers de l’an dernier ? Est-ce que je n’aurais pas mieux fait d’intégrer, pour jouir de ma paresse tranquillement en école ?

Je ne pense pas. Voici donc mon plan d’action.

1: Ne rien regretter. Oui, j’ai pris du retard dans mon travail. Et alors ? Il n’est pas si grand, on s’en rend compte quand on s’y met. Je travaille déjà à le rattraper.

2: Me coucher tôt et manger. J’ai cru, pendant un temps, que je pourrais rattraper mon retard en dormant moins et en travaillant pendant ma pause du midi. C’est jeudi après-midi, lorsque j’étais tellement épuisée que je ne pouvais plus me tenir droite sur ma chaise en cours, que je me suis rendue compte de mon erreur (et encore, j’ai eu de la chance, j’ai vraiment cru pendant un moment que j’allais m’effondrer !). Et puis, le midi, c’est aussi et surtout l’occasion de sociabiliser…

3: Me remettre au sport. C’est fait, depuis ce weekend. Et qu’est-ce que ça fait du bien ! Non seulement avec le  blabla des endomorphines, mais  aussi pour la confiance en soi (et oui, même si je suis une coureuse débutante, un arrêt d’un mois n’est pas fatal ! La reprise est difficile, mais largement faisable. Et après une activité intense, on n’a qu’une seule envie, manger équilibré pour ne pas ruiner tous ces efforts…. Ce qui met de meilleure humeur, et dans de meilleures conditions pour travailler !

 

J’espère bien, d’ici une à deux semaines, écrire un article pour raconter comment je suis parvenue  à remonter la pente. Je me suis déjà pavée le chemin. Maintenant, il ne reste plus qu’à le prendre, ce coquin.