L'Enfer, c'est les Autres, You is kind, you is smart, you is important

Ca ne sert à rien d’être gentil

       De mon premier voyage au Cameroun en CE1, je n’ai que peu de souvenirs. La chaleur étouffante de Douala en décembre. La maison de mes grand-parents maternels, avec le cochon auquel je m’étais suffisamment attachée pour que sa suspecte disparition quelques jours plus tard m’interpelle. Le goût du Tartina, tellement bon mais aussi tellement toxique qu’à l’époque, ils ne prenaient même pas la peine d’écrire les ingrédients au dos de la boite. Mais paradoxalement, mon souvenir le plus marquant n’a rien à voir de ce voyage. Mon souvenir le plus marquant du Cameroun, ce n’est pas le voyage (qui m’a pourtant plu, d’après ce que j’ai pu lire de mon journal de bord tenu un jour à l’époque avant que je n’abandonne). C’est que, pour la première fois de ma vie, on m’a forcée à être gentille contre mon gré. Parce que c’était la bonne chose à faire. En faisant mes valises pour le départ, nous devions choisir chacune, ma sœur et moi, un livre. Elle a pris Harry Potter et la Coupe de Feu (que je n’appréciais pas encore à sa juste valeur, ingrate que j’étais), et moi, mon livre préféré de l’époque, l’imagerie des loisirs. Sauf que, une fois au village, une cousine que je n’avais jamais vue auparavant (et que je n’ai jamais revue depuis, quoique je ne me souvienne même pas de son nom) a flashé sur MON livre, et mes parents m’ont forcée à lui offrir. J’ai tellement pleuré après avoir fait ce « cadeau » qu’à notre retour en France, ils l’ont racheté. Ca paraissait pourtant évident à l’époque, mais il m’a fallu 15ans pour me rendre compte : je ne suis pas gentille.

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L'Enfer, c'est les Autres

Le pouvoir de l’amitié


       Quel est le point commun entre un pirate à la cicatrice sous l’œil, un ninja avec des moustaches de renard et une jeune femme avec une cicatrice presque invisible au dessus du sourcil ? Il n’y en a étonnamment plusieurs, sinon je n’aurais pas passé autant de soirées enfermée chez moi à regarder des animés au lieu de profiter de New York en ce bel été avant la prépa (promis, j’en profitais la journée, je ne suis pas si ingrate) où j’ai commencé One Piece et Naruto.
Alors certes, j’ai des parents en vie, je suis une femme (noire de surcroît), je n’ai pas de pouvoir, je cherche encore ma voie et mon « envie brulante de gagner », ou nekketsu. Et, accessoirement, ma vie n’est pas un récit fictif (je crois). Il n’empêche. Outre le sourire niais, l’indéfectible optimiste et la naïveté presque effrayante, il y a quelque chose que tous les héros de mangas de bagarre et d’aventure, et surtout des shonen nekketsu, partagent avec moi : un sens surpuissant de l’amitié. Partout où ils vont, sans vraiment comprendre comment ni pourquoi (ni même en avoir conscience), ces héros se font des alliés, tissent des liens forts, et pour les nomades comme Luffy de One Piece, ils partent en laissant derrière eux des personnes qui leur sont désormais chères. Ce sont ces mêmes personnes qui vont donner envie aux héros de se relever à chaque épreuve. Un flash back, une amie qui crie leur nom, un proche blessé, et c’est reparti. A peu de chose près, c’est aussi mon cas. Je l’ai d’ailleurs longtemps considérée comme ma plus belle capacité : mon pouvoir de l’amitié.
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La pilule rouge est-elle si difficile à avaler ?

red pill

       Ne pas terminer de classiques ? C’est ma spécialité. Durant toutes mes simulations d’entretiens pour entrer en école de commerce, j’ai expliqué à quel point Frédéric Moreau était une grande inspiration… Alors que j’ai rendu l’Education sentimentale au CDI du lycée avant de dépasser le tiers du livre. Je ne sais toujours pas ce qui se passe après que Dark Vador dise « je suis ton père » à Luke. Et je parle sans cesse de la fameuse pilule rouge du militantisme… Alors que je me suis endormie devant Matrix. Peut-on s’identifier à quelque chose que l’on ne connait pas ? Il faut croire que oui.
Lorsque j’étais plus jeune, et ce jusqu’en classe préparatoire, j’ai toujours eu peur d’avoir un avis. « Je suis la Suisse », était mon justificatif préféré. Le meilleur moyen de toujours faire consensus. Ce que je ressentais ? Qu’importe. Ce qui comptait, c’était que les autres soient à l’aise. Un jour, une amie de lycée m’avait reproché de ne pas oser m’affirmer… et je n’ai pu que me retenir de pleurer. Je n’avais qu’un souhait : vivre en paix, sans avoir à être troublée. Et pourtant… La phrase de Morphéus à Néo m’a tant marquée (j’étais encore réveillée à ce moment-là) qu’elle reste encore une de mes citations préférées :
« Tu  sais quelque chose. Tu ne peux pas l’expliquer, mais tu le ressens. Tu l’as senti toute ta vie, qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le monde. Tu ne sais pas ce que c’est, mais tu le sens, comme une aiguille dans ton esprit, qui te rend fou ».
Alors oui, il ne s’agit pas de la Matrice. Mais le principe est le même. Etre noir, c’est subir le racisme. Etre une femme, c’est subir le sexisme. Il est possible de le nier… Mais pas de s’en débarrasser. Alors, je n’ai pas eu le choix. J’ai pris la pilule rouge, et je me suis renseignée sur le militantisme. Quitte à subir les oppressions, je préfère encore avoir les armes pour me protéger. Même si c’est plus difficile, plus fatigant. Je ne retournerai pour rien au monde à mon aveuglement précédent.

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Mon Jiminy Cricket à moi, je ferais bien de ne pas l’écouter

monster

       Je me suis souvent demandée, après avoir lu Harry Potter et le Prisonnier d’Askaban, à quoi ressemblerait mon Epouvantard, ce monstre qui prend la forme de la plus grande peur de la personne assez malheureuse pour le trouver dans son placard. Ce ne serait pas une araignée. Ni une guêpe (pourtant, hier matin encore, je hurlais en me faisant poursuivre par une de ces guêpes berlinoises, qui ne sont décidément pas farouches). Ni même un pigeon, alors que toute personne qui a traversé Beaubourg avec moi m’a vue me recroqueviller sur moi-même à la vue de cette impressionnant amas de rats volant. Non. Ma plus grande peur, elle réside en moi-même. Comme les héros de la série Big Mouth, j’ai un monstre invisible pour les autres qui me suit partout, et qui a un impact sur tout ce que je fais, seule ou avec les autres. Mais, lui, il n’a rien n’à voir avec un déchaînement d’hormones. Il est arrivé avec ma puberté, c’est vrai. Mais avec la dépression, aussi. D’ailleurs, ce n’est pas un « Il », mais une « Elle ». Une Voix, sans corps, qui est bien réelle, bien qu’invisible. Une petite Voix, qui sait toujours quoi dire pour me dévaloriser, me sous-estimer, me donner des raisons de me détester. Et oui. Ma plus grande peur, c’est de me retrouver face à une matérialisation de mes complexes.

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L'Enfer, c'est les Autres

Pour que le bounty ne perde plus sa saveur


Coconut Fruit Sliced Into Two

« Je viens du Nigéria. Et toi, tu viens d’où ?
– De Paris.
– Non mais. Tes racines. Tout le monde en a, non ?
– Aah ! Oui, au Cameroun.
– Cameroun ! Je connais Yaoundé. Tu parles Pidgin ? Ou un dialecte ?
– Non. Je ne parle que français.
– Tu n’es vraiment pas Camerounaise alors ! »

Pour la première fois depuis que je suis arrivée à Berlin, mais clairement pas la première de ma vie, la Police de l’Africanité vient me juger. Ca m’arrive souvent : je rencontre de nouvelles personnes, et alors que je commence à discuter, elles attendent certaines choses de moi : que je ne sois pas née en France, que je parle certaines langues, que j’aie un comportement particulier. Et à chaque fois, la sentence sans appel : malgré ma peau noire, malgré mes cheveux crépus, je « ne suis pas une vraie noire ». Quand je ne me fais pas traiter de blanche. Parce que je suis née dans le Nord de la France. Parce que je ne parle que des langues européennes. Parce que j’ai un comportement bien trop féministe aux yeux d’un beauf de la ligne 9.
Cette Police n’est pas constituée uniquement d’hommes noirs, d’ailleurs. Ni même de noirs en général. Les blancs n’ont pas été et ne sont pas en reste. Quand on me sort « Vas-y, danse, c’est ta musique ! » à chaque passage de Magic System en soirée avec quota diversité (comprendre, lorsque j’étais la seule non blanche à 10km à la ronde). Alors que. Franchement. A part 1er Gaou ? Tout est à jeter. Quand on s’approche pour zouker avec moi alors que je ne songe qu’à fuir discrètement. Ou alors, lorsque certains réagissent bizarrement quand j’annonce que le pays où je vais tous les ans pour voir de la famille et des amis et dont je parle la langue est l’Allemagne. Et, parfois, le mot, que dis-je, le reproche à peine voilé s’échappe : « De toute façon, toi, t’es une Bounty ! »

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Vous voulez dire que tous les noirs ne savent pas danser ?!

       coach, dance, dancing

       Lundi. 17h05. Station de métro berlinois. En jogging moulant à rayures orange fluo (parce que la discrétion, ça n’est pas pour moi), j’attends le U-Bahn qui me mènera jusqu’à mes cours débutants de modern-jazz et de danse afro-contemporaine. J’y serai la seule noire. Parce qu’après tout, comme me disait une consoeur française peut-être maladroite mais quand-même bien raciste il y a deux semaines quand j’ai évoqué ces cours, « Bouger ton cul, t’as ça dans le sang, pas vrai ? Les noirs savent vraiment tous faire ça ! » Et la réalité a semblé lui donner raison, parce que la seule autre femme noire du cours d’afro est partie au bout d’un cours, car c’était évident… Elle n’avait rien à apprendre là-bas. Ça devrait également être mon cas, n’est-ce pas ?
Si seulement. J’aime la musique qui fait PomPomPom, pourtant. Celle qui donne envie de bouger ses fesses en rythme (et ce, même quand ça implique des propos sexistes. Parfois, je veux juste faire reposer mon militantisme pour chanter du Chris Brown). La danse est un art sublime… et un excellent moyen de séduction. Qui peut résister à un danseur ou une danseuse ? Mais quand c’est moi qui doit bouger, c’est bien plus compliqué ! Car malheureusement… Je suis une noire qui ne sait pas danser.

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Liebesfähig, aber leider nicht beziehungsfähig

Silhouette Photo of Man Leaning on Heart Leaf Shape Tree during Dawn

       J’ai toujours aimé lire des histoires d’amour. Un de mes livres préférés, en primaire, s’appelait Lettres d’amour de 0 à 10, et racontait l’histoire d’amour/amitié entre Ernest, un jeune garçon orphelin, solitaire et taciturne, et Victoire, une petite boule d’énergie issue d’une famille de 14 enfants qui va chambouler son quotidien morose. Mon premier livre en allemand, lu en primaire également, s’appelait Verliebt, verlobt, verflixt, et racontait l’histoire d’amour entre une maîtresse d’école et son fiancé, qui prenait tellement de place pendant le cours en l’appelant pour dire qu’il l’aimait, que les élèves se sont sentis directement impliqués dans leur relation. D’ailleurs, les deux ouvrages sont de la même autrice, Susie Morgenstern ! Je sais désormais qui blâmer.
Résultat ? En CE2, je rêvais déjà d’amour, et d’un garçon doux, timide et intelligent, dont je pourrais chambouler le quotidien. (Étrangement, je ne rêvais pas d’un jeune homme à harceler par téléphone sur son lieu de travail. Comme quoi, tout n’est pas perdu, je sais un minimum me détacher de mes lectures…)

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Je ne dis mot, et pourtant, je ne consens pas

cup of ea

       Il y a quelques mois, j’ai eu la chance de pouvoir inviter dans mon école la rédactrice en chef de Madmoizelle, Clémence Bodoc, pour un débat sur le consentement. Elle avait commencé par une parabole : celle du salon de thé.
Dans un salon de thé, la personne qui nous sert ne va pas essayer de deviner ce que l’on veut consommer. Elle va nous demander ce que l’on veut, et nous laisser choisir sur une carte avec différents produits. On peut prendre un thé, comme attendu. Mais dans un salon de thé, on peut aussi prendre un café. Ou même une pâtisserie. Et, j’ajouterais que la carte elle-même peut évoluer selon la saison, pour se réinventer… Ou tout simplement en fonction des goûts du client. Mais en séduction ? Ça n’est pas le cas. On s’attend ce que tu commandes du thé, on va parfois te le servir, et dans les cas les plus graves, te forcer à le boire. Mais cette vidéo en parle mieux que moi. C’est cette fameuse « zone grise » : lorsque le consentement n’est pas clair, implicite, ou parfois tout simplement imaginé. Mais laissons de côté la culture du viol pour aujourd’hui. Si la parabole de Clémence m’a autant affectée, c’est parce que chez moi elle dépasse le cadre de la séduction. Il y a bien un produit que l’on m’apporte sans me demander mon avis. Et ce, depuis longtemps. Au point de m’en dégoûter la plupart du temps. Ce produit, c’est le contact physique.

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Entre Peter Pan et le Capitaine Crochet, je refuse de choisir

England, London, Hyde Park, Statue of Peter Pan : Photo

       J’ai toujours adoré les enfants. Pour des raisons évidentes. Ils sont mignons, ont la peau toute douce, des grosses joues qu’on ne peut que couvrir de bisous… Et quand ils s’accrochent à moi avec leurs petites mains, mon cœur s’emplit de joie. (Sauf quand ils ont plus de 10 ans et font déjà presque ma taille. Mon dos !)
Je n’aime pas tous les enfants du monde, évidemment. Ceux de ma famille (et mes louveteaux, bien qu’à moindre mesure évidemment) prennent déjà bien trop de place. J’ai toujours chéri les relations que j’ai pu nouer avec eux. Ce sont des relations si pures, si simples, si honnêtes ! Etre à leurs côtés me fait tellement de bien. Indépendamment de mes plus grosses périodes de déprime cette année, mes obligations scoutes m’ont contrainte à consacrer toute mon énergie à une quinzaine de petits monstres dans une forêt de Normandie, et ce pendant un week-end minimum chaque mois. Même quand j’avais passé la nuit précédente à dormir 3 heures à cause de cauchemars et de crises de panique. Résultat, je rentrais de chaque sortie épuisée physiquement, mais ressourcée mentalement. Si seulement on m’avait dit plus tôt que soigner un panaris et servir des raviolis en boite chauffés au feu de bois était l’un des meilleurs traitement contre la dépression ! J’en aurais gagné, du temps. Lire la suite « Entre Peter Pan et le Capitaine Crochet, je refuse de choisir »

Failure isn't fucking up, it's giving up, You gotta look at yourself and make a change

Changer de cap, et se laisser porter par la vague

White and Black Sail Boat on Ocean

       Un jour, un ami à moi m’a demandé ma raison de vivre. Au moment de lui répondre, je me suis rendue compte que dans les faits… je n’en avais pas toujours. Parfois, c’est la peur de la mort qui me fait avancer. Ou alors, la peur de blesser mes proches. Mais ma réponse de l’époque fut tout autre. La principale raison, c’était qu’en fait… Eh bien, la vie, ça n’était pas si mal ! Comme je fonctionnais telle un cycle économique, mes phases de dépression finissaient toujours par être suivies de phases d’expansion. Au moment où j’ai répondu à la question de mon ami, j’enchaînais continuellement ces deux phases. Pourtant, lorsque j’allais mal, il était difficile de me dire que si je tenais une, deux, trois ou quatre semaines de plus, ça irait mieux… A l’inverse, quand j’allais mieux, je niais l’existence même des périodes creuses.
Mais, depuis bientôt deux mois, j’ai tout simplement décidé de changer de cap. J’ai arrêté de raisonner en termes de phases positives et négatives. De gains et de pertes. Plutôt que de me voir comme une personne différente à chaque fois, j’ai décidé d’accepter ma dualité, de me laisser porter, et de me servir de mes bons comme de mes mauvais moments pour avancer. Et j’ai découvert avec joie que ça m’allait tellement mieux !

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